« 18 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 163-164], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5496, page consultée le 07 mai 2026.
18 septembre [1844], mercredi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto adoré, bonjour, mon doux, mon naïf, mon charmant bien-aimé,
bonjour, je vous aime. Comment vas-tu ce matin, mon cher petit homme ? As-tu dormi
au
moins ? Tu comptes trop sur tes forces et sur ton courage, mon Victor chéri, il faut
te reposer de temps en temps pour conserver cette force, ce courage et cette jeunesse
exubérante que tu as en toi. Et puis, mon amour, il ne faut pas donner tout ton loisir
aux princesses russes, aux somnambules, etc., etc. Il faut
m’en donner un peu aussi à moi, n’est-ce pas, mon adoré, que c’est juste ?
Voici
le temps remis au beau, mais ça n’est pas pour notre fichu nez. Du reste, je me suis
servie déjà de l’argent de la partie de campagne avant de t’en avoir demandé la
permission parce que j’étais sûre d’avance que tu m’approuverais. C’est aujourd’hui
le
mois de Suzanne. Je l’ai payé sur les 30 F.
que tu m’avais donnés pour notre promenade. Je lui ai donné 26 F. 10 s. Tu vois d’ici
ce qui reste. Je tâcherai tantôt de faire mes comptes d’août. Une fois que je suis en retard pour ces vilains comptes, je ne peux plus
me rattraper.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vais me faire somnambule pour savoir tout ce que vous faites et où vous êtes
toujours. Ce sera joliment vénimeux. Prenez garde à vous maintenant, ce ne sera plus
de la farce, je vous verrai pour de bon. En attendant,
baisez-moi, et aimez-moi comme si j’étais la plus clairvoyante des amoureuses et venez me voir bien vite. Je vous attends.
Juliette
« 18 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 165-166], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5496, page consultée le 07 mai 2026.
18 septembre [1844], mercredi soir, 17 h. ¾
Je viens de penser, mon cher amour, que je ne t’avais pas fait laver les yeux et cela
me contrarie on ne peut pas plus. Pauvre ange adoré, je ne suis même pas bonne à te
faire penser à cela : décidément je suis une vieille bête inepte et absurde que je
déteste. Tu n’auras sans doute pas de Bernard ni de somnambule ce soir ? Tu serais bien gentil de venir de
bonne heure. Je t’assure que je ne suis pas très drôle en tête à tête avec cette
pauvre Clarinette1 et qu’elle doit éprouver,
à part elle, le besoin de retourner, sinona à Saint-Denis, du moins à Saint-Mandé !
Ainsi, par pitié pour elle et surtout pour moi, tâche de venir bien vite nous faire
ENRAGER, tu nous feras plaisir.
Que dites-vous de mon succès, mon cher petit homme ? J’espère que je suis une gaillarde favorisée
des dieux et de Mlle Celeste Féau ! Hum ! La scélérate, si je n’avais pas le vague espoir de
la faire servir à faire le bonheur de Claire, je serais assez féroce pour lui dire que je
n’aime pas à avoir tant de succès et encore moins de lettres
de vieilles péronnelles [rococot ?]. Du reste, je n’ai pas le droit de
me moquer des autres, moi, ni pour la jeunesse, ni pour l’esprit, ni pour rien du
tout
car je deviens de jour en jour plus bête et plus stupide qu’une vieille portière
fossileb. Je ne sais pas à quoi
cela tient mais cela n’est malheureusement que trop vrai. Baise-moi tout de même,
mon
Toto, et aime-moi malgré cela. Ce sera justice puisque je t’aime, moi, plus que ma
vie.
Juliette
1 Juliette attribue ce surnom à sa fille Claire.
a « si non ».
b « fossille ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
